• Oh quelle chance !

     

     

     

     

     

     

    "Oh quelle chance tu as d’avoir pu faire cette photo !"

     

    Magazine "Toutes saisons" n° 4 ICI

     

     

    En toute sincérité, je ne crois pas beaucoup au facteur « chance » en photographie et surtout en photo animalière, et je comprends que cette petite
    phrase puisse parfois profondément agacer quand on passe beaucoup de temps sur le terrain et souvent dans des conditions pas forcément confortables !

    Ce qui me surprend le plus, c'est quand cette phrase est formulée de la part de personnes qui photographient également la faune sauvage. 

    Je crois qu’une photo, dans la plupart des cas va « se chercher ». Derrière un cliché, il y a parfois des heures (voir des jours en animalier)
    de recherches concernant l’animal, du biotope ou le trouver, de patience assis dans un endroit à attendre qu’il se montre (ou pas) et à attendre
    le bon moment.

    Il faut déterminer la bonne position à soi-même adopter et attendre la bonne attitude du sujet, la bonne lumière...
    Il faut parfois passer des heures, à suer sous un affût en plein soleil ou en hiver à se geler ou encore à se positionner à plat ventre dans un
    endroit humide ou boueux, faire de longues marches pas toujours faciles pour parvenir à l’endroit propice, avoir un camouflage adapté
    pour avancer discrètement, parfois en se faisant griffer par la végétation ou en progressant à genoux sur épines et cailloux... 
    Il faut aussi rechercher le sens du vent pour les mammifères… Donc avoir la connaissance de son sujet et un minimum
    de connaissances naturalistes (critères d’identification, mœurs, facteurs de dérangement à étudier).
    Pour autant, tout cela n’implique pas forcément la réussite, et il faut parfois revenir plusieurs fois sans garantie de résultat.

    Il en est de même si vous cherchez à photographier une goutte offrant une fleur dans son reflet. 
    Ce n’est pas de la chance mais un réel travail de recherche entre le sujet et la lumière.

    Il y a finalement PEU de place au hasard ou à la chance !

    Quelqu’un pourra très bien passer à coté d’un lieu plein d’Empuses ou d’Ascalaphes s’il n’observe pas la nature. Là aussi on est souvent accroupi ou
    à genoux sur les pierres et dans les chardons, et même avant d’arriver sur le terrain, si on n’a pas cherché à savoir dans quel biotope vivent ces
    incroyables petites bêtes, on risque fort de repartir bredouille.

    Si le photographe n’avait pas choisi le bon endroit, le bon moment et les bons réglages, il y a bien peu de chance que la photo se soit faite
    toute seule.

    J’ai eu en effet beaucoup de chance de photographier ce Guêpier d'Europe à l'envolée, mais si je n’avais pas été là ce jour-là,  restant plusieurs
    heures en observation,  si je n’avais pas choisi les bon réglages, et si je n’avais pas déclenché au bon moment après avoir fait une bonne mise au point
    sans précipitation, aucune chance ne m’aurait permis de faire cette photo.

     

     

    Oh quelle chance !

     

    Tout comme j’ai aussi eu « de la chance » de photographier cet Empuse commune mâle, mais il m’a fallu faire des recherches sur son biotope afin
    de pouvoir me donner la chance de le trouver…

     

    Oh quelle chance !

     



    La chance compte dans la photo dans la mesure où parfois sur notre chemin des opportunités s’offrent à nous avec un magnifique sujet photographique,
    mais c’est toujours le photographe qui fait son approche, compose la photo, choisis ses réglages… pas la chance !

    La photographie animalière demande un investissement temps énorme alors que les éléments ne seront pas souvent réunis. Beaucoup d’heures peuvent être passées
    sur le terrain sans trouver « son » sujet ! Beaucoup de photographies sont rendues médiocres ou impossibles par une lumière insuffisante. Beaucoup de photographies
    s’avèrent ratées car déclenchées une fraction de seconde trop tôt ou trop tard, ou encore déclenchées avec des paramètres inadaptés alors qu’ils auraient été bons
    cinq secondes plus tôt. Sans parler des décalages de mise au point… 

    Il en résulte aussi beaucoup de frustrations qui peuvent s’avérer décourageantes, mais aussi que d’émotions porteuses qui donnent au passionné l’envie
    « d’avancer » toujours plus loin.

    De la même manière, même si la qualité du matériel facilite les choses (mais il faut aussi comprendre que plus le matériel est pointu plus la connaissance de son
    matériel et la technique sont nécessaires – A quoi bon avoir une Porsche si c’est pour l’utiliser comme une 2CV ?),  elle ne fait pas tout !

    Je termine par cette petite note pleine d’humour.

     

    Un photographe est invité à dîner.
    Il montre ses photos et la maîtresse de maison lui fait la remarque suivante : 
    "Vous devez avoir un bien bel appareil photo pour faire de si belles images !" 
    Le dîner terminé, le photographe dit à son tour :
    "Vous devez avoir de biens belles poêles et casseroles pour avoir fait un si bon repas !"

     

    Si vous souhaitez intervenir c'est ICI